Le faux qui fait le fond de l’âme, conférence de Pascal Quignard

Vendredi 15 février à 18h 00 le romancier, essayiste et musicien… Pascal Quignard donnera une conférence au Palais Fesch, Musée des beaux-arts.
L’artiste est l’invité d’Histoire d’œil // Histoire d’œuvre, le cycle d’interventions d’auteurs initié par Racines de Ciel et le Palais Fesch, il interrogera « le faux qui fait le fond de l’âme » car, pour lui, «Tous les arts élèvent des mondes faux. Même la dépression est un rêve.»
Lectures et causeries autour de ses trois derniers livres, L’enfant d’Ingolstadt, Angoisse et beauté, La vie n’est pas une biographie…

Un ouvrage primé au Goncourt et une adaptation au cinéma Oscarisée

Pascal Quignard a reçu, en 2002, le Prix Goncourt pour Les ombres errantes. En 2000, Terrasse à Rome recevait le Grand prix du roman de l’Académie française. Dans un entretien publié dans l’Express en octobre dernier, il confiait « qu’en France, il n’y a que La Fontaine et moi à en avoir écrit autant ! » L’un de ses livres Tous les matins du monde a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par le réalisateur Alain Corneau en 1991, film qui fut, l’année suivante, le grand vainqueur de la cérémonie des César.

Pascal Quignard au travers de son Interview dans l’Express

« Le bouleversant vient du mystère en nous »
Pascal Quignard publie L’enfant d’Ingolstadt, tome X de Dernier royaume, et Angoisse et beauté au Seuil, troisième partie d’un triptyque sur le sexe, l’art, la nuit et le rêve. Le plus métaphysicien des romanciers français nous dévoile le secret de son écriture, qui mêle fragments, scènes de théâtre, requiem, énigmes et petits contes.

L’Express. Pourquoi votre style touche-t-il au plus près le nu, le cru, le brut ou l’intense en nous ?
Pascal Quignard. Entre les félins, les fauves, les chats, les rapaces qui hurlent la nuit et les hommes, il y a quelque chose de commun. Malgré cinq mille ans d’écriture, ce sauvage en nous ni ne s’apprivoise, ni ne se sublime. Merveilleuse indécence indomptable. D’où la mélancolie préchrétienne, bien en amont. J’avais consacré une réflexion historique à l’érotique européenne, à la profondeur du puritanisme – préférence du désir par rapport au plaisir -, trait propre à nous, que l’on ne retrouve pas du tout, par exemple, dans la civilisation japonaise. Les érotismes sont différents, d’une culture à l’autre, mais pas les corps.

Votre style, bouleversant, tente-t-il d’entrouvrir cette nuit dense, sauvage et animale ?
Le bouleversant vient du mystère en nous. Dans l’enveloppe de la nuit, chaque vivant y place l’enveloppe du sommeil. La non-motricité complète est d’ailleurs un danger vital, celui d’être dévoré. Oiseau ou humain confondus. A l’intérieur de ces deux enveloppes, le rêve. C’est du faux, venant de la perception de la réalité, qui crée des images, pour ne pas réveiller l’endormi. Le rêve est l’origine du jeu. Les animaux jouent, j’ai fait des spectacles avec des rapaces nocturnes, qui sont très joueurs. Le rêve est le secret d’une périlleuse, insensée aire de jeu imaginaire. Falsifiante, hallucinatrice, et donc romanesque.

Comment la littérature peut-elle toucher à cette part de jeu imaginaire ?
Même chez l’homme, qui est le pire des fauves, le jeu est plus fort que tout, plus fort même que la reproduction sociale. Un style fait de petits fragments peut arriver à faire sentir cette aire de jeu, qui compte pour du beurre et a l’air de rien. Cette chose étrange renvoie à l’enfance, non domesticable, et persiste en nous, fait le fond de nos vies.

Votre rêve a-t-il un style particulier ?
Il y a une pratique ancienne que je fais toujours : avant chaque décision à prendre, je laisse passer une nuit. Si je n’en rêve pas, je laisse tomber ; si j’en rêve, je persiste. Je n’ai pas confiance en mon désir, mais en mon rêve oui. Mon rêve est un maître plus démoniaque et sérieux que moi. Je reste un Mésopotamien. Faites-le pour vous, suivez mon conseil. Il y a une puissance involontaire, mais anti-tyrannique dans le rêve. Il y a un anti-surmoi dans le rêve. Dans mes rêves en tout cas, et dans ceux de Sade aussi !

Vous réinventez sans cesse des histoires et des contes…
En France, il n’y a que La Fontaine et moi à en avoir écrit autant ! J’admire les histoires latines d’Apulée et les contes des Mille et une nuits. La segmentation d’images involontaires dans le rêve, le genre littéraire qui en est le plus proche, ce n’est pas la narration, mais la séquence du conte. Le conte peut devenir un mythe, une histoire, une chanson ou un discours, mais la formulation la plus ancienne, ce sont les tout petits contes. Un minuscule court-circuit, extrêmement simple, perdu dans le temps, un songe éveillé. La littérature et le rêve sont les gardiens de ce qui est sauvage en nous. Une indocilité puissante.

Propos recueillis par Aliocha Wald-Lasowski

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Plus d’infos

Palais Fesch-musée des Beaux-arts
50-52 rue du cardinal Fesch
20 000 Ajaccio
Tél : 04 95 26 26 26
Site Internet du musée Fesch

Le musée est ouvert tous les jours de la semaine.
Du 1er novembre au 30 avril, de 9h à 17h
Du 1er mai au 31 octobre, de 9h15 à 18h
Le musée est fermé le 25 décembre et du 1er au 15 janvier 2019

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2019-02-12T17:28:25+02:00 12 février 2019|Catégories : L'actualité|Mots-clés : |Commentaires fermés sur Le faux qui fait le fond de l’âme, conférence de Pascal Quignard
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