L’invisibilité sociale, nouveau phénomène de société

 « Pour se rendre invisible, n’importe quel homme n’a pas de moyens plus sûr que de devenir pauvre. »
Simone Veil

Qui sont ceux que l’on nomme « les invisibles » ? Des femmes et des hommes qui échappent aux radars des barèmes sociaux. Comment répondre de manière adaptée aux problématiques soulevées par cette population ? Le rapport, présenté lors du conseil communautaire du 19 février, revient sur les réalités vécues dans notre territoire par celles et ceux dont les revenus sont juste supérieurs aux minimas sociaux et tente d’apporter des réponses à ce phénomène. Ce rapport a servi de base à l’élaboration du projet social de la CAPA.

Les invisibles : oubliés des politiques sociales

En effet, certes les revenus déterminent pour une bonne partie les conditions de vie mais d’autres variables entrent en jeu comme les contraintes budgétaires, les catégories socioprofessionnelles, ou le lieu de résidence.
Ainsi, le constat est sans équivoque, les politiques publiques sont inadaptées à la mutation de notre société. Car il s’agît bien là d’un problème sociétal. Pour appuyer ce premier bilan, une étude de l’ONPES a permis de calculer le montant moyen jugé nécessaire pour « joindre les deux bouts ». A quelques euros près, la moitié des unités de consommation des foyers fiscaux vivent avec des revenus inférieurs au montant considéré comme nécessaire « pour joindre les deux bouts ».
Or ces situations de précarisation ne font pas pour l’heure, l’objet de réponses adaptées.
Le risque d’une telle situation ? L’explosion citoyenne de la part de ceux qui n’ont plus d’autre avenir que de basculer dans l’exclusion.
Aujourd’hui, l’adaptation de l’action sociale du territoire devient alors indispensable.

Prévenir et lutter contre toutes les formes de précarité

La CAPA à travers le CIAS sur le terrain promeut une politique publique axée sur la transversalité et l’innovation.
Dans cette optique , il est nécessaire de prévenir et lutter contre toutes les formes de précarité, en développant de nouveaux outils d’accompagnements en direction des populations exclues des « dispositifs classiques », en soutenant durablement l’ensemble de la cellule familiale pour garantir l’insertion sociale et/ou professionnelle, en favorisant l’aide au maintien ou à l’accès à l’emploi ou à la formation. De même il apparaît nécessaire de mettre en œuvre un  partage des informations entre les institutions et les professionnels.

Il faut inventer un nouveau bien commun fondé sur de nouvelles règles du jeu comme la participation des personnes à leur propre développement (Journées citoyennes, conseils de quartiers, développement social, participation des publics au système d’évaluation des dispositifs d’aides, valorisation de l’accompagnement social dans son rapport avec l’assistanat…),  La prévention doit aussi jouer pleinement son rôle.  L’observation sociale est également  un outil actif (alertes, tronc commun d’informations, dossier social minimum partagé).
Pour ce faire, la CAPA a choisi de déployer une série de mesures. Une démarche qui est avant-gardiste à l’échelle régionale.
Ces mesures ont d’ores et déjà été reprises dans  le projet social et sont mises en œuvre par le CIAS.

Des actions déjà mises en œuvre

Parmi les actions déjà mises en œuvre, l’on peut citer le pré-accueil social, la participation des publics via le Conseil consultatif des retraités, ou encore la réalisation de formations pour les agents d’accueil…
Des réflexions sont engagées pour la création d’un guichet unique d’accès aux logements sociaux.
De plus, depuis 2017, le CIAS réalise une expérimentation sociale (d’un montant de 85 000 euros) soutenue dans le cadre du Contrat de Ville visant à identifier une trentaine de familles échappant aux radars de l’action sociale et qui nécessitent un accompagnement pour éviter l’exclusion.

Quelques chiffres peuvent déjà illustrer les premiers résultats de l’accompagnement global par le CIAS :

17 familles suivies dont toutes ont un membre exerçant une activité professionnelle
5 familles monoparentales
6 couples avec des familles

Les principales problématiques : aide à la parentalité, gestion du budget , garde d’enfants, ou changement de logement

Un colloque sur l’invisibilité sociale le 5 avril prochain

Le 5 avril prochain, le CIAS organisera un colloque sur cette thèmatique en partenariat avec le DROS (Dispositif régional d’Observation Sociale, l’UNCAS (Union nationale des CCAS/CIAS).

Le but est de rassembler autour de cette thématique l’ensemble des acteurs régionaux, et divers partenaires dans les domaines de l’économie, la santé et l’éducation.

Des experts seront présents pour animer et témoigner lors de tables rondes (CCAS de Paris, Département de Meurthe et Moselle, Odenore, ONPES…)

Au delà de l’échelon communautaire, la CAPA ambitionne d’initier une réflexion régionale sur les modes de gouvernance en matière d’action sociale, notamment sur la coopération institutionnelle avec  la CDC, pour adapter les pratiques professionnelles à la réalité sociale.
Le but est de « réinventer des politiques publiques en adéquation avec le contexte actuel ».

60 actions concrètes

Les propositions d’action retenues par le groupe sont classées en plusieurs ensembles qui font référence soit aux pratiques professionnelles, soit à des thématiques précises (culturelles, financières, de formation).
Ainsi, elles s’intéressent d’abord à l’amélioration de la situation des populations aux revenus modestes, en valorisant leur accès à la formation, à l’emploi, aux équipements publics à vocation sportive ou culturelle. Elles portent un regard appuyé sur les pratiques professionnelles par une appréciation du partage des tâches, de la qualité des locaux d’accueil, de l’inefficience des barèmes, de la valeur relative des indicateurs. Elles promeuvent le partage des informations, le rapport direct aux populations sur leurs lieux de vie, la prévention sociale, l’observation sociale, la mise en perspective du travail social au prisme de la formation de réseaux structurés, de tables-rondes thématiques, de Journées d’échanges et de valorisation du travail social. Elles affirment que l’implication déterminante des responsables politiques est indispensable pour légitimer, valider et surtout mettre en œuvre ces nouvelles approches.

Favoriser l’accès de ces publics à la satisfaction des besoins primaires
– réfléchir à la question du renoncement aux soins et identifier les nouveaux besoins primaires apparus dans la vie de notre époque (numérique, mobilité…)
– l’alimentation, un des besoins primaires
– réévaluer l’acquisition des besoins primaires (compréhension de la langue, illettrisme…), généraliser le dépistage de l’illettrisme, lutter contre l’illettrisme

Améliorer les performances des centres de formation
– Innover dans le choix des thèmes de formation
– Revoir la pertinence des critères d’évaluation des centres de formation
– repenser le marketing de l’offre d’emploi
– rapprocher le monde de la formation des réalités de l’emploi
– innover dans la stratégie d’information des jeunes sur les filières professionnelles
Promouvoir les filières professionnelles créatrices d’emploi
– mieux mobiliser le public pour l’amener vers des secteurs d’emploi porteurs
– mieux communiquer sur l’offre existante de formation
– inscrire une « responsabilité sociétale des entreprises » dans les marchés publics de BTP
Travailler sur les budgets des familles
– développer le binôme AS (assistantes sociales)/CESF (conseillères en économie sociale et familiale)
– développer des actions éducatives adaptées aux jeunes en fonction du budget familial
Augmenter les ressources
– augmenter les salaires
– développer le concept de monnaie locale
– développer le microcrédit, outil d’inclusion bancaire et s’engager dans la lutte contre l’exclusion bancaire
– compléter les ressources : vers une allocation universelle et de ce fait inconditionnelle
– développer la mise en relation par des réseaux d’échange de savoir-faire 60

Diminuer les charges
– mener une étude objective des causes de la cherté des produits de base en Corse. Inventer des ressources locales de prévention des comportements consuméristes outranciers
-activer l’expérience menée par EDF pour maîtriser les dépenses d’énergie
Rendre plus accessibles les équipements publics payants à vocation sportive ou culturelle
– faire une analyse tarifaire des équipements publics locaux, pour définir une politique tarifaire
Mettre en place des procédures d’urgence d’instruction des dossiers
Réduire le temps d’instruction des dossiers, en évitant les ruptures de droit par retard d’instruction des dossiers et en fléchant les dossiers urgents dans l’accès aux droits.
Organiser la traçabilité des procédures d’instruction des dossiers
– rendre transparent le parcours du dossier social et organiser l’extraction des données
– faire participer les AS instructeurs dans les commissions d’attribution des aides sociales
– clarifier les critères d’attribution des logements sociaux, articuler entre eux les contingents réservataires
Identifier les ressources cachées des demandeurs d’aides
– mieux contrôler les auto-entrepreneurs
– détection du travail au noir dans les demandeurs d’aides
Rendre les lieux d’accueil du public plus accueillants
– adapter les horaires de travail aux réalités des usagers
– développer les profils d’agent d’accueil social
– destigmatiser les lieux d’accueil sociaux
– maintenir l’accueil physique et lutter contre le tout virtuel
Avoir une double lecture de la situation sociale par rapport aux barèmes et aux indicateurs
Organiser les conditions d’évaluation des pratiques sociales de la situation sociale
– créer un observatoire régional du social
– mettre en place une analyse des pratiques professionnelles

Plus d’infos

C.I.A.S
3 rue Sœur Alphonse, 20000 Ajaccio
Tél : 04 95 51 52 88
Fax : 04 95 21 64 17
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de 8h30 à 11h30 et de 14h00 à 17h00

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L’action sociale à l’échelle de la CAPA

Depuis 4 ans, la CAPA a fait le choix de prendre à bras le corps une compétence sociale à l’échelle intercommunale. En effet, L’objectif en matière d’action sociale est de mesurer l’urgence sociale et prévenir un certain nombre de maux. Ceci ne peut être efficace qu’à une telle échelle. Car les problèmes de précarité ne s’arrêtent pas aux portes d’Ajaccio. Pour réaliser ce projet, il a fallu concerter différents acteurs du territoire afin de réaliser un diagnostic.
4 ans de travail, d’échanges et d’analyse pour comprendre les réalités d’un territoire soumis à des difficultés grandissantes.

C’est combien le seuil ?

Combien faut-il aujourd’hui pour véritablement joindre les deux bouts et satisfaire les besoins primaires ?

Selon l’ONPES, un adulte qui gagne 1000 euros et donc se situe au-dessus des minimas retenus pour bénéficier des aides légales devrait en fait dépenser 1574 euros pour boucler les fins de mois.

Pour un adulte avec un enfant, qui gagne 1300 euros, c’est 2079 euros
Pour un couple sans enfant, qui gagne 1500 euros, c’est près de 2597 euros qui devraient être mobilisés.
En enfin pour un couple avec 2 enfants qui gagne 2500 euros, c’est 3266 qui leur permettraient de satisfaire leurs besoins primaires.

Le chiffre clé

50% des ménages de la CAPA ont des revenus inférieurs aux seuils définis par l’ONPES.

2019-02-20T16:40:11+00:00 19 février 2019|Catégories : L'actualité|Mots-clés : , |Commentaires fermés sur L’invisibilité sociale, nouveau phénomène de société
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