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AJACCIO PARALYSÉE : FACE AU REFUS SYSTÉMATIQUE DES SYNDICATS DE NÉGOCIER SÉRIEUSEMENT, LA CAPA RÉTABLIT LES FAITS

Depuis les premières heures de la matinée, Ajaccio est une nouvelle fois paralysée par le blocage organisé de certains salariés de la SPL Muvitarra. La Communauté d’Agglomération du Pays ajaccien (CAPA) condamne fermement ces pratiques d’intimidation, qui n’ont rien à voir avec l’exercice du droit de grève et qui portent atteinte au service public, aux usagers et à la sécurité de tous.

Ces méthodes sont d’autant plus inacceptables que, depuis 15 mois, la SPL Muvitarra et la CAPA n’ont cessé de tendre la main pour renégocier des accords d’entreprise devenus intenables à long terme, et introuvables dans aucun autre réseau de transport en France : jusqu’à 53 jours de congés par an, des salaires 30 à 40 % supérieurs aux standards nationaux, une double prime de transport…

Face à cela, les organisations syndicales ont tout fait pour empêcher la moindre avancée, refusant de signer l’accord de méthode, bloquant les réunions et saisissant la justice pour retarder les discussions.

Dans ces conditions, les blocages de ce matin ne sont pas seulement disproportionnés : ils sont injustifiables. Ils ne servent en rien la cause des salariés ; ils pénalisent exclusivement les habitants du Pays ajaccien.

LA RÉALITÉ DES CHIFFRES

La situation économique et sociale de la SPL Muvitarra est devenue insoutenable, au point de mettre en péril l’avenir même de la structure et de ses emplois.

1. Absentéisme hors normes

• 780 jours d’arrêts maladie sur le seul mois dernier (novembre 2025),
• 10 400 jours d’absence en 2024,
• Un taux d’absentéisme moyen : 20 à 25 %, avec des pics à 30 %, quand la moyenne nationale du secteur (UTP) s’élève 8,9 %.

2. Des coûts de fonctionnement largement supérieurs aux standards

Aujourd’hui, faire rouler un bus de la SPL Muvitarra coûte 9 euros par kilomètre. À titre de comparaison, dans les réseaux de transport similaires en France, ce coût se situe plutôt entre 5,40 € et 6 €, et parfois même autour de 4,60 €. Autrement dit, la SPL paye entre 40 % et 60 % de plus que partout ailleurs pour assurer le même service.

Ce constat émane d’un audit indépendant, commandé pour évaluer objectivement la situation de l’entreprise. Les experts sont formels : le fonctionnement actuel est trop cher, manque d’efficacité et entraîne un déficit structurel qui menace la survie même de la SPL Muvitarra.
Le modèle actuel est trop coûteux, inefficace et structurellement déficitaire.

3. Des rémunérations nettement supérieures aux standards du secteur

Les rémunérations versées à la SPL Muvitarra sont significativement plus élevées que celles pratiquées dans les autres réseaux de transport public en France.
Pour les conducteurs, l’écart est particulièrement marqué : dès l’embauche, les salaires y sont environ 40 % supérieurs à la moyenne nationale. Après un an d’ancienneté, celui-ci dépasse même plus de 40 %, là où la plupart des réseaux restent sur des progressions beaucoup plus modérées.

Les fonctions d’encadrement intermédiaire suivent la même tendance : la plupart perçoivent une rémunération environ 30 % au-dessus de ce qui se pratique habituellement dans les réseaux comparables.
À cela s’ajoutent des compléments significatifs : les salariés perçoivent notamment un 13ᵉ et un 14ᵉ mois, un avantage non négligeable dans le secteur du transport public urbain.
Même la base de calcul des salaires, le « point d’indice », est majorée : il est environ 10 % plus élevé que dans la branche nationale. L’écart commence donc dès la première ligne de la fiche de paie et se répercute mécaniquement sur l’ensemble de la carrière.
Enfin, après 10 ans d’ancienneté, l’écart global de rémunération entre un salarié de la SPL et un agent occupant les mêmes fonctions à la CAPA peut atteindre 35 à 40 %.

Ces niveaux de rémunération, qui témoignent d’une volonté de valoriser les métiers du transport et dont nous pouvons collectivement nous réjouir, ne sont toutefois plus tenables sans une renégociation des autres accords qui les accompagnent. Et ils supposent, a minima, que le service public soit assuré avec régularité, sérieux et sans grèves à répétition.
À défaut, l’équilibre économique de l’entreprise ne peut plus être garanti, ce qui rend indispensable une remise à plat du modèle social afin de préserver durablement l’activité, la qualité du service et l’emploi.

4. Des avantages sociaux sans équivalent en France

À ces niveaux de rémunération déjà supérieurs à la moyenne nationale, s’ajoutent des avantages sociaux qui ne se retrouvent dans aucune autre entreprise de transport comparable.
Les conducteurs peuvent cumuler une double prime de transport, disposent en moyenne de 53 jours de congés par an, bénéficient d’une subrogation illimitée (c’est-à-dire le maintien intégral du salaire et des primes en cas d’arrêt maladie, sans aucune limite de durée) et ne subissent aucun jour de carence, quand le droit commun en prévoit 3.
S’y ajoutent également des avantages complémentaires, financés intégralement par l’entreprise, à des niveaux qui dépassent largement ce qui se pratique habituellement dans les autres réseaux de transport.
Enfin, les évolutions de carrière sont extrêmement rapides : au bout de 6 mois, un salarié gagne déjà environ 20 % de plus, et il est considéré comme “ancien” au bout de deux ans seulement (quand il faut habituellement près de vingt ans dans d’autres réseaux).
Ces acquis sociaux trouvent leur origine dans des accords qui, pour certains remontent à 1973. Cet ensemble d’avantages a été conçu dans une réalité économique, sociale et organisationnelle qui n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. A la lumière des constats financiers, sociaux et opérationnels, il est désormais évident que cet édifice doit être renégocié, pour permettre à l’entreprise de survivre et d’assurer durablement le service public dont
dépend la population.

5. Des règles internes qui rendent l’exploitation impossible

Au-delà des aspects financiers, certaines règles internes propres à la SPL Muvitarra rendent l’organisation du service particulièrement rigide et difficile à optimiser. L’entreprise fonctionne encore selon un modèle où la mobilité du personnel est très limitée, ce qui empêche toute adaptation rapide en cas d’absence, d’aléas ou de besoins opérationnels urgents.
Le cas le plus emblématique est celui des conducteurs dits “titulaires” : chacun dispose de sa ligne et de son bus attitrés. Cela signifie qu’en cas d’absence sur une autre ligne, même temporaire, le conducteur titulaire n’est jamais réaffecté là où l’on aurait besoin de lui. On mobilise alors systématiquement un remplaçant, augmentant les coûts, désorganisant le service et réduisant considérablement la flexibilité opérationnelle.
Il s’agit d’un cas unique en France.

15 MOIS DE REFUS DE NÉGOCIER

Depuis la dénonciation de ces accords d’entreprise le 27 septembre 2024, un délai légal de 15 mois s’est ouvert pour permettre une renégociation en profondeur d’un socle social devenu, à l’évidence, impossible à financer pour l’entreprise. Ce temps devait être celui du dialogue et de la recherche de solutions communes. Il n’en a rien été.
La première réunion de négociation, en octobre 2024, n’a même pas pu se tenir : les organisations syndicales ont refusé de siéger dans le cadre prévu. Plutôt que d’engager la discussion, elles ont choisi de porter l’affaire devant le tribunal, multipliant les demandes de report d’audience au printemps 2025. En juillet 2025, la justice a finalement tranché en validant la procédure engagée par la SPL Muvitarra, sans que les syndicats ne décident d’interjeter appel.

Lorsque les réunions ont repris en octobre et novembre 2025, le blocage s’est poursuivi : refus de signer l’accord de méthode (pourtant indispensable pour ouvrir les négociations), refus d’aborder l’ensemble des accords concernés (sur 90 accords à renégocier, seuls 3 ou 4 étaient évoqués).
Ainsi, pendant 15 mois, la CAPA et la SPL Muvitarra ont multiplié les appels au dialogue.
Pendant 15 mois, les organisations syndicales ont refusé de s’engager dans une négociation réelle permettant de sauver l’entreprise et son service public. Le président de la CAPA leur a pourtant rappelés à plusieurs reprises que « l’intérêt social devait être équitablement partagé entre les salariés et l’actionnaire majoritaire », or, à ce stade, seul l’actionnaire a consenti à des efforts exceptionnels pour sauver l’entreprise.

PENDANT CE TEMPS, LA CAPA A AGI SIGNIFICATIVEMENT

Elle a d’abord procédé à un paiement rétroactif d’un montant d’un 1,4 million d’euros de lignes effectuées et s’est engagée à verser 250 000 euros supplémentaires chaque année pour que cela ne se reproduise plus.
Elle a ensuite acheté 10 bus neufs, pour un montant de 2 millions d’euros, afin d’améliorer la fiabilité du réseau, le confort des usagers et des conducteurs.
La CAPA a également financé des équipements indispensables à un réseau moderne : 1,5 million d’euros pour un nouveau système de billettique et un outil numérique permettant de suivre les bus en temps réel.
Elle verse par ailleurs une contribution financière de 10 millions d’euros chaque année pour faire fonctionner la SPL Muvitarra dont le budget annuel est de 11,5 millions d’euros…
À cela s’ajoute la réalisation du pôle d’échange multimodal de Jean-Jérôme Lévie, un projet structurant qui permet de mieux organiser les trajets, de réduire les kilomètres parcourus et de fluidifier l’entrée dans le centre-ville.
Enfin, un nouveau contrat de service public a été entièrement configuré pour améliorer significativement le réseau et l’équilibre financier de l’entreprise : il est prévu pour entrer en vigueur le 1er janvier 2026.
Au total, rien qu’en 2024, la SPL Muvitarra aura coûté près de 15 millions d’euros à la CAPA. Cet effort exceptionnel a été consenti pour sauver l’entreprise, maintenir les emplois et garantir un service essentiel aux habitants du Pays ajaccien.

LA CAPA EXIGE LA LEVÉE IMMÉDIATE DES BLOCAGES ET À LA REPRISE DU DIALOGUE DANS DES
CONDITIONS SERIEUSES

La CAPA exige désormais :
1. La levée immédiate des blocages pour le rétablissement du service minimum*,
conformément à la loi.
2. La reprise des négociations, dans un cadre sérieux et loyal.
3. Le respect des usagers, continuellement pris en otage.

La CAPA prendra, comme à son habitude, toutes ses responsabilités, dans l’intérêt de la population du Pays ajaccien et du service public de transport.
*Face au risque d’immobilisation ou de confrontation avec les salariés non-grévistes, la direction a été contrainte d’annuler la sortie des véhicules prévus pour assurer le service minimum

MUVITARRA / CAPA, QUI FAIT QUOI ?

La SPL** Muvitarra
C’est l’entreprise qui exploite le réseau et emploie les salariés, dont les conducteurs.

**Société Publique Locale : une entreprise détenue exclusivement par des collectivités publiques,
ici majoritairement par la CAPA.

La CAPA
La CAPA est Autorité Organisatrice des Mobilités. C’est la collectivité publique actionnaire
majoritaire de Muvitarra.
Elle représente les habitants, finance le transport public et contrôle l’usage de l’argent public.